De manière générale, la coopération entre la ville d'Aarhus et l'écovillage est très bonne mais assez modérée, elle n'est pas plus intense que celles que peut avoir la municipalité avec n'importe quelle association actrice de la vie publique. Elle reste très formelle et concerne le développement de l'écovillage de son ensemble et non les projets internes menés au quotidien. 

 

Soutien et faveurs au début du projet

Après quelques mois de travail, ils nous ont fait confiance et ont trouvé le projet passionnant. Les bons contacts politiques que nous avions nous ont facilité la compréhension du labyrinthe administratif et nous ont conféré un réseau au sein de Aarhus. Au cours du processus de création de l'écovillage, nous avons appris qu'il était important de créer un réseau, et pour cela d'avoir un sens politique, une bonne communication et de savoir vendre efficacement son projet. Dans les arguments à faire valoir, vous pouvez mentionner le dynamisme que cela apporte à la zone environnante, la population que ce type de projets attire et l'image conférée à la ville. 

Dès le début, la municipalité, qui avait alors lancé un large projet de rachat de terres communales, nous a proposé trois espaces de 100 hectares pour développer le projet.  Afin de faire notre choix entre les trois propositions, nous avons pris contact avec les "forum de citoyens" des trois villages à proximité et celui de Hjortshoj était le plus enthousiaste vis-à-vis du développement de notre projet ; ils ont également procédé à un vote consultatif concernant la concrétisation de ce projet près de chez eux qui s'est avéré positif nous confortant dans notre envie de nous installer ici. À partir de là, la commune a donné son accord pour le développement du projet et nous a réservé les 100 hectares de terrain qu'elle s'engageait à ne pas consacrer à d'autres projets et dont elle louait la partie que nous n'exploitions pas encore à des agriculteurs. Ainsi, l'une des importantes faveurs que nous faisait la municipalité était de nous permettre d'acheter les parcelles dont nous avions besoin au fur et à mesure, en commençant par cinq ares de terrain pour le groupe n°1. Ce service fut extrêmement important pour nous, nous évitant d'avoir à apporter directement des apports financiers qui auraient été très importants et nous permettant d'expérimenter avec un premier groupe au lieu de créer directement plusieurs groupes d'habitations. Il était effectivement difficile pour nous de nous projeter au début sur le futur de l'écovillage.

Peu à peu, du fait de la nécessité pour la ville d'utiliser une partie des terrains pour d'autres usages, la parcelle pouvant être consacrée au projet s'est restreinte à vingt-cinq hectares, que nous exploitons presque complètement aujourd'hui et qui nous convient très bien. En effet, l'exploitation d'un terrain plus grand nous aurait permis de nous rapprocher d'une autosuffisance alimentaire mais ce n'était pas notre souhait et cela aurait également occasionné beaucoup plus de besoins (financiers et humains) concernant l'agriculture. 

La municipalité nous a accordé une autre faveur au début du projet nous signifiant ainsi leur soutien. En effet, les pionniers de l'écovillage lui ayant expliqué le surcoût des matériaux écologiques et la volonté d'expérimenter, elle nous a vendu le terrain de cinq ares à moitié prix. Si cela ne représentait pas un effort très important de la part de la commune à ce moment-ci étant donné que le prix de la terre était très faible, cette contribution indirecte au projet était pour nous d'une vraie aide.

 

Résistances à l'innovation

Malgré le soutien et les faveurs de la municipalité, nous avons également dû faire face à de nombreuses résistances de la part de l'inspection publique de la construction quant à notre volonté d'utiliser des méthodes de construction alternatives, d'autres modalités de gestion des déchets... Les innovations que nous souhaitions mettre en place n'étaient pas du tout conforme à la réglementation en vigueur et le travail de négociation et de démonstration de la viabilité de ces méthodes aux autorités fut donc très lourd. 

Nous avons dû construire une "maison d'essai", qui correspond aujourd'hui à une partie de la maison commune principale. Même si devoir prouver que ces matériaux pouvaient répondre aux normes en vigueur était contraignant, cette expérimentation nous a également permis d'appréhender les difficultés inhérentes à ces modalités de construction alternatives, cela nous a également contraint à nous professionnaliser, et ainsi à créer un projet qui tienne la route. Il nous fallait alors prendre du recul et assimiler que les résistances opposées par les autorités ne visaient pas à empêcher le développement de l'écovillage mais seulement à s'assurer que les bâtiments répondraient aux exigences des normes et des lois.

 

Aides financières

Pendant les quinze premières années, jusqu'au développement du projet de Vimby, qui vise à l'inclusion d'handicapés, nous avons eu recours à peu de financement de la part des autorités publiques. 

En effet, nous n'avons pas fait beaucoup de demandes. Dès que l'on cherche des financements publics, cela nécessite beaucoup de temps et d'énergie. Une fois obtenus, il faut répondre à un cahier des charges contraint et réaliser des rapports, eux aussi lourds en temps et en énergie. Nous avons donc décidé de faire attention avec les financements publics, d'autant plus que nous n'en avions pas particulièrement besoin avec les cotisations annuelles qui nous assuraient une forme d'autosuffisance financière.

La plupart des aides que nous avons reçues suivait un objectif de sensibilisation. Ainsi, en 1990, nous avons reçu notre premier fond (4000€) pour l'organisation d'une exposition sur l'architecture en argile. À partir de là, nous avons reçu des petites aides régulières pour ce type de projets. En 2003-2004, nous avons reçu notre première aide financière importante pour l'expérimentation de l'auto génération avec un moteur sterling. Au début des années 1990, nous avons également mené des formations sur les nouvelles formes d'architectures écologiques avec le Pôle Emploi danois dans une période où le taux de chômage tournait autour de 12 %. En échange de la formation théorique que nous leur dispensions, les stagiaires nous aidaient pour la construction. Même si l'aide financière était assez faible, ce projet nous a permis de sensibiliser certains stagiaires à ces thématiques et certains se sont ensuite spécialisés dans le développement de ces nouvelles techniques de construction. 

 

Participation aux Plans d'Occupation des Sols/ Plan Local d'Urbanisme

En 1990, la réalisation du plan d'occupation des sols était très réglementée mais les pionniers de l'écovillage ont insisté pour y prendre part, afin de défendre la possibilité de ne pas être raccordé au système d'eaux usées communal ni au réseau communal d'énergie si les maisons réduisait de 50 % leurs besoins en énergie. Par la suite, nous avons pu participer à deux autres POS, liés à la construction de nouveaux groupes d'habitations : en 1997-1998 pour les groupes n°4 et 5 et en 2003-2004 pour les groupes n°6, 7 et 8. Un nouveau POS a également été mis en route dernièrement concernant la construction de trois nouveaux groupes dans l'écovillage. Cependant, du fait d'une volonté nationale de faire des plans locaux plus globaux, comme c'est le cas en France avec les Plans Locaux d'Urbanisme qui ont remplacé les POS, le projet a pour le moment été mis en pause. Étant donné que les directives européennes obligent les États à instituer des marchés pour la vente de ces terres, la commune a perdu de l'indépendance sur le choix des acheteurs. Il fut donc extrêmement important pour nous de prendre part à ces plans qui nous ont notamment permis de spécifier que seuls les membres de l'association de l'écovillage, qui fait office de syndicat de copropriété, pouvaient acheter les terres destinées au projet. En prenant part au futur Plan, nous espérons pouvoir spécifier ce point également. Notamment dans le cadre de ce type de projets qui traversent différents services communaux (scolaire, énergie...), il est très important pour nous de comprendre l'architecture administrative pour prendre contact avec les bonnes personnes. 

 

Image de la ville

La Commune d'Aarhus a utilisé plusieurs fois le projet de l'écovillage d'Aarhus pour se donner l'image d'une ville verte et en faveur de l'inclusion en nous citant dans ses plaquettes de présentation.